Archive pour février, 2007

Mon métier

Je viens de finir un petit-grand livre, l’ABC de la simplicité volontaire, de Dominique Boisvert.

Petit par son nombre de pages, la simplicité de son verbe, sa volonté de modestie.

Grand par son ambition, sa justesse. Tout ce qu’il fait résonner en moi (on se croirait sur la ligne simple !)

Par exemple :

Vivre simplement veut d’abord dire vivre consciemment. Et pour cela, prendre le temps de s’arrêter pour se demander “Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Quels sont mes objectifs ? Mes priorités à moi ? La vie que je suis en train de mener correspond-elle bien à tout cela ?” [...] C’est le sens premier de volontaire dans la SV : identifier ce que je désire réellement, ce à quoi je tiens personnellement, pour ensuite ajuster ma vie extérieure à mes choix intérieurs. La simplification extérieure, qu’elle qu’en soit la forme ou le domaine, devrait toujours être le fruit ou la conséquence de choix intérieurs identifiés consciemment, et non pas un objectif en soi.

Cette cohésion, je la ressens dans beaucoup des blogs que je lis : Caco, Mema, pour ne citer qu’elles …

Mais moi, je sens bien que je me disperse. Que je suis dispersée.

Quelques lignes plus tard, l’auteur propose un exercice tout simple pour connaître sa priorité : gagner au loto (bon, d’accord, imaginer que c’est le cas) :

Allez-vous, après quelques semaines ou quelques mois de festivités, reprendre à peu près la même vie qu’avant ? Ou allez-vous (enfin !) pouvoir changer bien des choses dans votre vie actuelle qui ne correspondent pas vraiment à vos besoins, à vos valeurs ou à vos désirs ? Si tel est le cas, quels seront les changements prioritaires ? Et qu’est-ce qui vous empêche de commencez dès maintenant ?

Puis un autre exercice sur le même thème, en moins réjouissant : supposer qu’on se sait condamné à brève échéance, que ferais-t-on du “temps qu’il nous reste” ?

Aux deux exercices, la même réponse, lumineuse. Je veux écrire. Je veux écrire pour savoir si je saurais écrire. Je veux m’y consacrer, je veux y donner tout mon temps. Je veux n’avoir rien d’autre à faire de mes journées pour ne pas avoir l’excuse facile d’un travail à plein temps, d’un amour à distance, d’engagements dans diverses associations, d’amitiés précieuses à faire vivre, d’un cheval à canassonner … pour remettre à plus tard la confrontation avec l’écriture.

Mais :

j’exerce un travail à plein temps (et à deux heures de chez moi),

l’homme que j’aime vit ailleurs, et le temps passé ensemble est nécessaire et sublime,

j’ai besoin de m’engager (je n’ai que trop été dégagée)

je ne veux plus jamais négliger quelqu’un que j’aime, même pour les meilleures mauvaises raisons du monde,

et mon cheval est quelqu’un que j’aime.

Oh, la discordance …

L’ABC de la simplicité volontaire, de Dominique Boisvert, Editions Ecosociété (Montréal), 2005. A faire acheter d’urgence par vos médiathèques !

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Gniiiiiiiiii

Suite de ce qui précède – rapport au sac.

Hier je devais donc faire un sac – de simple de préférence, et j’ai même demandé vos avis.

Un truc que j’ai pas dit, c’est que je déteste faire mon sac. Même pour un chouette voyage.

Un autre truc, c’est que ma coloc est amoureuse et que ça valait bien un plateau de nems à se partager. Et puis, j’ai discuté avec une bloggueuse de la simplicité volontaire (ce qui vaudrait bien un billet), des dangers du travail et de la prochaine présidentielle, ce qui nous à mené jusqu’à tard dans la nuit. D’autant qu’en parallèle je cherchais les mots pour dire à ma NamidEnface que je m’inquiète pour elle, et le silence juste pour l’écouter me répondre.

Bref, je pars dans quatre heures et j’ai pas fait mon sac.

(La suite, bientôt)

(En attendant, Caco, FinPoil et Mowgli, un questionnaire vous attend. Ou pas, mais sachez-le.)

Laissons la parole à Edith :

 ”Ca y est, elle a fait son sac. Elle a essayé de suivre vos conseils, mais comme elle panique facilement, elle a retenu que deux tenues de rechange suffisaient, et qu’elle pouvait prendre ses bottes. Elle n’en revient pas que si peu de choses rentrent dans un sac de 50 litres, et elle est un peu outrée de ne pouvoir prendre que trois livres avec autant d’heures de train.

Comme promis sa trousse de toilette est minuscule :  deux mini-flacons pour l’eau florale d’hamamélis et le produit pour lentilles, un tube d’aloe vera, un autre de fond de teint, un crayon à noeil, un mascara, une brosse à dents, un rasoir, une pince à épiler, un cure oreilles, deux huiles essentielles, un fard à paupières, un réceptacle à lentilles.

Elle a sûrement oublié des choses, mais ni les billets de train, ni sa robe bleue, ni les numéros des gens qu’elle va voir, ni un carnet pour écrire ce qu’elle vivra, ni l’enthousiasme de partir. Alors ça ira.

Elle se doute qu’entre deux “aventures” de baroudeuse d’appartement, elle pensera furtivement à vous.”

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Ma ville

C’est Chulie, belle au naturel, qui me file la patate chaude (j’ai échappé aux Inavouables).

Comme c’est ce blog-là qu’elle connaît, c’est ici que je poste. Il s’agit de parler de sa ville.

Ma ville, je ne la connais que depuis très peu, mais elle m’a conquise d’emblée, de mes orteils – je n’ai jamais autant marché – à mes oreilles – je n’ai jamais autant écouté – les accents, les musiques de rue, les groupes du cru, les langues. A tel point qu’en rentrant chez moi tout à l’heure, et avant de lire l’invitation de Chulie, je me demandais comment je vais réagir si ma demande de mutation est acceptée … Mars sera un mois difficile, quoi qu’il en soit. Mais n’anticipons pas. Par contre, je ne me suis finalement pas beaucoup documenté – malgré l’achat d’un joli dictionnaire. Je vous donne donc mes réponses en vrac, et avec une ferme garantie de non-exhaustivité : pas de Nougaro dans ma liste, juste ma version personnelle …

Des personnalités :

Claude Sicre, chanteur des Fabulous Trobadors, troubadour moderne, agitateur culturel,

Zebda,

Les Malpolis,

Nicolas, un des fondateurs des Musicophages,

Les Nez Crevisses, clowns chantants,

Monsieur Lupo, sa femme et ses filles, et leurs pains,

mon boucher,

Tony le SDF du quartier Patte d’Oie.

Un animal :

Un escargot … après tout, c’est ici que j’ai découvert la décroissance.

Un élément naturel :

L’air. Si cette ville est propice à l’enracinement, c’est que le vent y souffle fort, et qu’on s’envolera sinon.

Un métier :

Musicien. Ici tout est musique, même les couleurs sont sonnantes. A chaque coin de rue les violoneux, les accordéonistes, les guitaristes jouent, se rencontrent, improvisent.

Voilà ma vision de ma ville … Et comme c’est l’usage, je redistribue le jeu : à Caco, Mowgli et Finpoil, s’ils le veulent bien !

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A l’aide !

Je pars en vacances dans deux jours.

Il faut que j’achète un sac de couchage et des chaussures de marche – là je vais marcher un bon peu et en ville mais j’espère les réutiliser pour une vraie randonnée (peut-être le chemin de St Jacques) cet été. Je n’y connais rien, si un lecteur de la ligne simple a des suggestions, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais (ah non celle-là a déjà été faite, non ?).

Autre question pour les simples : y a t’il des principes un peu comme pour la garde-robe idéale pour un sac “simple” ? Sachant que je pars une semaine, que je suis une fille, et que je commence tout juste à apprivoiser l’idée de ne pas emmener mes bottes. Et que je ne vais pas tarder à replonger dans mes vieux magazines féminins de la honte (pour leur orientation hyperconsommatrice et leur image de la femme) parce que je me souviens vaguement d’un article de ce genre.

Merci d’avance,

Pistil qui se demande avec quoi elle va mettre sa robe bleue si elle prend pas ses bottes (oui Pistil reste une greluche dans l’âme, elle avait prévenu).

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Sous le choc

Les petits pas vers la simplicité volontaire m’amènent de plus à plus à réfléchir sur le sens du travail.

Le travail en général, celui qu’on fait pour gagner de l’argent, pour se loger, se nourrir. Le travail dans les pays hypocritement appelés en voie de développement, le travail ici, le chômage aussi.

Les petits boulots que j’ai fait pendant mes études, avec cette fierté que je trouve maintenant en partie imbécile de travailler – même un job sans aucun intérêt, même en étant exploitée, humiliée. Travailler, c’est bien, ça ne se discute pas.

Et puis mon métier à moi, que j’ai choisi, que j’ai conquis, qui m’apprend énormément. Mais que je remets en question, aussi. Où est la limite entre compromis et compromission ?

Le travail des autres, ceux qui osent, souvent en association : cinema d’art et d’essai rural itinérant, médiathèque associative, librairie libertaire, berger, baroudeur, écrivain, paysan. Ceux qui ont tellement noué leur vie et leur travail qu’on ne peut séparer l’un de l’autre, mais dans la joie.

Je pense à tout ça, je lis, je me documente, je discute, je m’interroge.

Et puis cette vidéo, et le malaise, de plus en plus. Je me tortille sur ma chaise, m’échappe à la cuisine me faire un thé, reviens, repars.

A la moitié du film, mon ventre se noue. Je reconnais ce pays plongé dans la nuit, ces paysages qu’on ne voit que quelques secondes. Sur un panneau le nom de la ville où je suis née. Et cette voix, qui pourrait être si douce, et qui est sacadée, emprisonnée dans un rythme mécanique. Les mots insupportables d’une vie insupportable.

La colère et le dégoût mouillent mes yeux.

Ce soir je ne pourrai pas parler du travail. Je ne serai pas rationnelle, je ne réfléchirai pas. Ce soir je vais juste m’efforcer de reprendre le fil de ce témoignage impitoyable, en apaisant les sursauts de mes tripes. Un peu comme lorsque j’avais lu ça. (Bouleversée jusqu’à la fêlure. Mais une fêlure ô combien nécessaire. Merci Caco.)

Et je vais me dire que tant que je peux m’indigner, c’est que je suis concernée. mais aussi que l’indignation seule ne sert à rien sinon à me donner bonne conscience.

Alors quoi ?

Je ne sais pas encore, mais quelque chose en moi a bougé.

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